A Neuchâtel, le ciel n’attend pas
CSEM - Le centre de recherches participe à plusieurs projets astronomiques internationaux. Dont un masque destiné au successeur du télescope Hubble

Les technologies mises au point au CSEM, à Neuchâtel, permettront-elles un jour d’obtenir des images de planètes à l’extérieur de notre système solaire? Pas impossible. Le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) participe en effet à plusieurs projets internationaux ambitieux. Parmi ceux-ci, le futur télescope spatial James Webb, qui devrait succéder au célèbre Hubble en 2011, ou un projet didactique américano-allemand qui vise à faire voler un télescope dans un Boeing 747.

Savoir-faire neuchâtelois

Au CSEM, Lorenzo Zago met au point, avec son équipe, des mécanismes relativement grands. "C’est assez inhabituel, vu notre réputation de centre spécialisé dans les micro et nanotechnologies, relève le chef de projet, mais ces systèmes exécutent des mouvements avec une précision extrême, dix à cent fois plus petite que le micron."
Une précision dont tout l’Arc jurassien a d’ailleurs fait sa spécialité. Le CSEM en profite largement, faisant usiner nombre de pièces et autres composants dans des entreprises de la région.
L’observation de la voûte céleste passe donc par Neuchâtel. La contribution est modeste, certes, mais stratégique: le CSEM met au point des systèmes dits de miroirs secondaires, qui sont installés à l’extrémité ou sur le côté de télescopes géants, et qui permettent de contrôler, avec une précision extrême, la position du miroir principal, une grande assiette qui atteint aujourd’hui 10 mètres de diamètre. "Ces miroirs secondaires doivent pouvoir osciller à un rythme très rapide, jusqu’à 20 fois par seconde, tout en restant parfaitement rigides", explique Lorenzo Zago.

Le plus grand du monde

Son équipe met au point tout un système d’entraînement muni de plusieurs moteurs et d’une multitude de connexions, qui tient dans un cylindre allant d’une dizaine de centimètres à un mètre de diamètre.
Dans ce dernier cas, destiné au plus grand télescope du monde, qui sera construit aux Canaries, le CSEM s’est associé pour la fabrication avec une entreprise espagnole: "C’est vraiment trop gros pour nous…", sourit le spécialiste des télescopes.
Les mandats neuchâtelois ont deux origines bien distinctes. D’abord, les projets pour des organismes internationaux auxquels la Suisse participe, comme l’ESA (Agence spatiale européenne), ou l’ESO (European Southern Observatory).

Embarqué dans un Boeing

Ensuite les projets étrangers, pour lesquels la concurrence est beaucoup plus rude, puisqu’il n’y a pas de redistribution des mandats proportionnelle à la contribution des Etats. C’est, par exemple, le cas du projet Sofia, lancé par la Nasa et l’agence aérospatiale allemande, qui vise à faire voler, dès 2005, un Boeing 747 équipé d’un grand télescope. "Le but est à la fois scientifique et didactique, puisqu’il prévoit d’emmener des écoliers à bord", explique Lorenzo Zago. "Il s’agit d’une technologie intermédiaire, entre le télescope spatial et le télescope terrestre, destiné surtout à l’observation dans l’infrarouge", ajoute l’ingénieur du CSEM Peter Spanoudakis.
Il faut savoir, en effet, que l’observation des étoiles est, sur terre, nettement entravée par la composition et la turbulence de l’atmosphère, qui brouille la bonne réception des images. Pour une meilleure vision, les télescopes doivent donc être installés sur des sites géographiques quasi exempts d’humidité et de nuages (comme au Chili). Ainsi, Lorenzo Zago relève que le site choisi par l’ESO pour installer ses télescopes géants, au Chili, se trouve dans la région désertique la plus sèche du monde. Il n’y pleut, en moyenne, qu’une fois tous les 20 ans!
Autre solution pour observer le ciel: envoyer les appareils dans l’espace. Le futur télescope spatial James Webb livrera sans doute un jour d’incroyables secrets...

Françoise Kuenzi